La complainte

Poème de forme variable qui raconte les malheurs d'un personnage, historique ou fictif, ou du poète lui-même (voir Rutebeuf). Le texte évoque souvent un mort célèbre en relatant ses actions mémorables et ses bienfaits et en pleurant sa disparition; la complainte était proche, surtout au début, de l'oraison funèbre.
C'est un genre de la littérature populaire, pratiqué par nombre d'auteurs, la plupart anonymes.
Elle est destinée à être chantée ou récitée, d'où l'utilisation assez courante de couplets et de refrains. La présence de l'auditoire et, partant, de la communauté où vit le poète, est fréquemment suggérée dans le texte: par exemple, l'auteur s'adresse souvent à ses auditeurs au début de la complainte pour attirer leur attention.
La complainte peut parfois avoir un caractère satirique ou comique (la Complainte de Fualdès).
- À partir du XVIe siècle, la complainte se voit souvent intégrée à d'autres genres poétiques comme la consolation, la déploration et l'élégie. Au XIXe siècle, Jules Laforgue écrit des complaintes tout à fait personnelles en s'inspirant du caractère populaire et satirique de certaines vieilles complaintes.
En résumé, c'est un poème populaire de tonalité triste en principe construit sur deux rimes et à forme relativement libre. Dans la poésie moderne, souvent l'idée de mort y est mise en scène.

La Complainte se distingue des autres formes poétiques médiévales par l'insistance des rimes. C'est pourquoi elle adopte souvent la disposition du Lai, l'alternance de deux mètres sur deux rimes seulement.

Forme : (A7a3B7A7a3B7B7b3A7B7b3A7)

Exemple

Complainte de la bonne Défunte

Elle fuyait par l'avenue,

Je la suivais illuminé,

Ses yeux disaient : " J'ai deviné

Hélas ! que tu m'as reconnue ! "
Je la suivis illuminé !

Yeux désolés, bouche ingénue,

Pourquoi l'avais-je reconnue,

Elle, loyal rêve mort-né ?
Yeux trop mûrs, mais bouche ingénue ;

Œillet blanc, d'azur trop veiné ;

Oh ! oui, rien qu'un rêve mort-né,

Car, défunte elle est devenue.
Gis, œillet, d'azur trop veiné,

La vie humaine continue

Sans toi, défunte devenue.

– Oh ! je rentrerai sans dîner !
Vrai, je ne l'ai jamais connue.

Jules Laforgue